François Pinard's site

2007-10-06

Les Aiguilleurs

 Les Aiguilleurs, pièce de théâtre de Brian Phelan, adaptation de Jean-Louis Roux, Théâtre du Nouveau Monde, Montréal 1979. En haut, Jacques Godin (rôle d'Alfred) et Guy Provost (rôle d'Albert). En bas, Christian St-Denis (rôle d'Edward). En médaillon, Jean-Louis Roux pour la mise en scène.

Dans ces années-là, je suivais avec intérêt plusieurs des activités culturelles que m'offrait la ville de Montréal, dont entre autres, celles du Théâtre du Nouveau Monde (TNM), qui logeait alors sur la rue Ste-Catherine, tout près de Bleury. En fait, étant un habitué du TNM depuis plusieurs années, j'avais acquis avec le temps le droit à d'excellents fauteuils dans la place. Par les discussions d'après-théâtre, et à d'autres occasions aussi, la secrétaire administrative du TNM et moi avions développé une sorte de sympathie. Devant mon intérêt et mon enthousiasme, elle m'a présenté à Jean-Louis Roux, alors directeur artistique, qui m'a rapidement invité, si je le désirais, à suivre toutes les étapes de la mise-en-scène d'une nouvelle pièce.

C'est ainsi que je me suis retrouvé, invité comme observateur, dès la première lecture du texte de la pièce Les Aiguilleurs, de Brian Phelan, avec les illustres Guy Provost et Jacques Godin, et aussi Christian St-Denis, dont le métier commençait alors. Et Jean-Louis Roux, bien sûr, qui allait assurer la mise en scène. J'avais reçu, comme les acteurs de la pièce, une copie du texte, traduit de l'anglais et adapté au québécois par Jean-Louis Roux (qui faisait à l'époque ce travail de traduction et d'adaptation pour plusieurs de pièces de théâtre). C'était dactylographié sur environ deux cent pages, d'une manière très aérée pour permettre annotations et corrections, à large interligne et d'un seul côté des pages en format papier ministre. (De nos jours, on utiliserait sûrement des traitements de texte.) Je me souviens encore de la sobriété de ce cahier, non identifié, non daté, et boudiné entre deux pièces de gros carton noir.

Ce petit groupe de cinq personnes se rencontrait régulièrement, parfois plusieurs fois par semaine, dans une école désaffectée quelque part dans Saint-Henri (si je me souviens bien), que le TNM utilisait pour les répétitions, l'entreposage, la construction des décors, etc. J'ai vu le professionnalisme, le travail d'équipe, le développement et l'affermissement des personnages chez les acteurs, et les petits mais multiples changements au texte pour augmenter la crédibilité de l'ensemble. Et les discussions relatives aux décors et artifices techniques exigés par la pièce. Par exemple, à un moment donné de la pièce, une maquette ferroviaire, savamment construite par Alfred, est démolie par Edward. Mais s'il avait fallu construire autant de maquettes que la pièce allait avoir de représentations, les coûts de décor auraient été exorbitants. La solution retenue a été de construire une "maquette démolie" et de la coller en-dessous du plan de la maquette originale, donc invisible du public. Par une astuce d'éclairage au moment approprié, le plan est basculé à l'insu des spectateurs, la maquette démolie apparaît, et la maquette originale se retrouve à son tour en-dessous, et invisible.

Les jours de répétitions, sur l'heure du midi, Christian et moi avions pris l'habitude de partager nos repas dans un restaurant plus modeste, ce qui m'a permis non seulement de le connaître un peu mieux, mais aussi de saisir le sens des aspirations et des ambitions des gens du milieu. Certains souvenirs relatifs à cette expérience seraient longs à expliquer, et surprendraient peut-être quelques-unes des personnes impliquées — le monde est vraiment plus petit qu'on ne le croit ☺. Quoiqu'il en soit, je me trouve très chanceux que l'on m'ait offert cette opportunité d'observer et de mieux comprendre.