Les
Aiguilleurs
Les
Aiguilleurs, pièce de théâtre de Brian Phelan,
adaptation de Jean-Louis Roux, Théâtre du Nouveau Monde,
Montréal 1979. En haut, Jacques Godin (rôle d'Alfred) et
Guy Provost (rôle d'Albert). En bas, Christian St-Denis
(rôle d'Edward). En médaillon, Jean-Louis Roux pour la
mise en scène.
Dans ces
années-là, je suivais avec intérêt plusieurs des
activités culturelles que m'offrait la ville de Montréal,
dont entre autres, celles du Théâtre du Nouveau Monde
(TNM), qui logeait alors sur la rue Ste-Catherine, tout
près de Bleury. En fait, étant un habitué du TNM depuis
plusieurs années, j'avais acquis avec le temps le droit à
d'excellents fauteuils dans la place. Par les discussions
d'après-théâtre, et à d'autres occasions aussi, la
secrétaire administrative du TNM et moi avions développé
une sorte de sympathie. Devant mon intérêt et mon
enthousiasme, elle m'a présenté à Jean-Louis Roux, alors
directeur artistique, qui m'a rapidement invité, si je le
désirais, à suivre toutes les étapes de la mise-en-scène
d'une nouvelle pièce.
C'est ainsi que
je me suis retrouvé, invité comme observateur, dès la
première lecture du texte de la pièce Les
Aiguilleurs, de Brian Phelan, avec les illustres Guy
Provost et Jacques Godin, et aussi Christian St-Denis,
dont le métier commençait alors. Et Jean-Louis Roux, bien
sûr, qui allait assurer la mise en scène. J'avais reçu,
comme les acteurs de la pièce, une copie du texte,
traduit de l'anglais et adapté au québécois par
Jean-Louis Roux (qui faisait à l'époque ce travail de
traduction et d'adaptation pour plusieurs de pièces de
théâtre). C'était dactylographié sur environ deux cent
pages, d'une manière très aérée pour permettre
annotations et corrections, à large interligne et d'un
seul côté des pages en format papier ministre. (De
nos jours, on utiliserait sûrement des traitements de
texte.) Je me souviens encore de la sobriété de ce
cahier, non identifié, non daté, et boudiné entre deux
pièces de gros carton noir.
Ce petit groupe
de cinq personnes se rencontrait régulièrement, parfois
plusieurs fois par semaine, dans une école désaffectée
quelque part dans Saint-Henri (si je me souviens bien),
que le TNM utilisait pour les répétitions, l'entreposage,
la construction des décors, etc. J'ai vu le
professionnalisme, le travail d'équipe, le développement
et l'affermissement des personnages chez les acteurs, et
les petits mais multiples changements au texte pour
augmenter la crédibilité de l'ensemble. Et les
discussions relatives aux décors et artifices techniques
exigés par la pièce. Par exemple, à un moment donné de la
pièce, une maquette ferroviaire, savamment construite par
Alfred, est démolie par Edward. Mais s'il avait fallu
construire autant de maquettes que la pièce allait avoir
de représentations, les coûts de décor auraient été
exorbitants. La solution retenue a été de construire une
"maquette démolie" et de la coller en-dessous du plan de
la maquette originale, donc invisible du public. Par une
astuce d'éclairage au moment approprié, le plan est
basculé à l'insu des spectateurs, la maquette démolie
apparaît, et la maquette originale se retrouve à son tour
en-dessous, et invisible.
Les jours de
répétitions, sur l'heure du midi, Christian et moi avions
pris l'habitude de partager nos repas dans un restaurant
plus modeste, ce qui m'a permis non seulement de le
connaître un peu mieux, mais aussi de saisir le sens des
aspirations et des ambitions des gens du milieu. Certains
souvenirs relatifs à cette expérience seraient longs à
expliquer, et surprendraient peut-être quelques-unes des
personnes impliquées — le monde est vraiment plus petit
qu'on ne le croit ☺. Quoiqu'il en soit, je me trouve très
chanceux que l'on m'ait offert cette opportunité
d'observer et de mieux comprendre.
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